Le jumelage interculturel fait partie des missions de SERY. Chapeauté par notre service Bénévolat, il facilite l’intégration de familles immigrantes tout en leur permettant de mieux comprendre leur société d’accueil au contact de Québécois et de Québécoises. Nous avons rencontré un couple de Granby qui s’est lancé dans cette aventure.
Pierre Trudeau et Danielle Labelle étaient présents à notre premier Bénécafé. Organisée à la fin de l’année 2024, cette activité avait été en grande partie consacrée au jumelage interculturel. Des témoignages en avaient souligné la grande utilité.
Originaires d’Ottawa, ils se sont installés à Granby il y a 5 ans. Le couple avait envie de partager, mais aussi d’apprendre d’une autre culture. Pierre connaît bien les vertus de la transmission, lui qui a été professeur d’histoire avant de prendre sa retraite.

Pour bien comprendre l’utilité – et l’importance – du jumelage interculturel, il faut aller à son contact. Alors nous sommes allés rendre visite à Chance et Zawadi, dans leur appartement de la rue Simonds Sud à Granby. Arrivés en septembre 2024, ils ont été percutés par l’hiver québécois, plus rude cette année que les précédentes ! Ils ont d’ailleurs bien du mal à mettre le nez dehors pour profiter des joies de la saison blanche, avec ses sols gelés peu hospitaliers. Originaires de la République démocratique du Congo, ils ont vécu 10 ans dans un camp de réfugiés en Tanzanie. Leurs deux filles, Christine et Christiense, y ont d’ailleurs vu le jour.
Leur jumelage avec les deux Québécois d’adoption leur fait du bien. Il leur permet de s’acclimater en douceur à leur société d’accueil, en dehors du réseau qu’ils ont commencé à se constituer pour prendre leurs marques et avancer. La solidarité à leur encontre leur fait chaud au cœur. Dans leur cuisine, un meuble robuste et de qualité témoigne de cette générosité. Il leur a été donné par un voisin. La vaisselle qu’il renferme leur a aussi été offerte.

« Nous sommes des facilitateurs »
Pierre et Danielle s’investissent beaucoup dans ce jumelage. Ils rencontrent leurs jumelés régulièrement, une à deux fois par semaine. « On voulait être jumelés avec une famille avec des enfants car ça apporte une autre dynamique », confie Danielle. Cette dernière, qui se décrit comme une personne très active, regrette d’être limitée par ses contraintes professionnelles. Lorsque la météo redeviendra plus clémente, ils ont prévu de leur faire découvrir plus en profondeur Granby et sa région. Montréal est aussi dans leurs plans cet été, en particulier le festival Nuits d’Afrique.
En attendant que Chance obtienne son permis de conduire (le processus était en cours lorsque nous les avons rencontrés), Pierre et Danielle les véhiculent pour leur épicerie. Un exemple parmi d’autres du soutien apporté. Chance sait qu’il peut les appeler à n’importe quel moment en cas de problème. Pierre a dû par exemple intervenir un jour pour le détecteur de fumée. En se déclenchant, l’appareil a créé un sentiment de panique chez les Africains qui ne savaient pas comment stopper sa complainte stridente. Même s’il n’a pas l’âme d’un bricoleur, Pierre est toujours prêt à rendre service. « Ce sont de petites choses pour nous mais qui font une différence pour eux ». En d’autres termes, un détail pour un Québécois peut se transformer en obstacle, voire en défi, pour un nouvel arrivant.
« Dans le jumelage, poursuit Pierre, on est des facilitateurs, on répond à des questions, on aide comme on peu. » Il a d’ailleurs prévu d’accompagner leurs « protégés » dans la préparation de leur test de citoyenneté. Sa conjointe ajoute : « Dans les premières semaines, on a regardé ce qu’il leur manquait et on a fait une liste. » De son propre aveu, la plateforme Market Place a été d’un grand secours pour les équiper. La générosité a fait le reste. Lors de notre entrevue, le couple de Granbyens avait d’ailleurs une chaise à leur donner. Les tapis réservés aux souliers souillés dans l’entrée sont aussi à mettre à leur actif.
Donner et recevoir
Ce qu’ils veulent aussi retenir de leur jumelage, c’est l’enrichissement réciproque. La nourriture est à ce titre un bel exemple. Si Chance et Zawadi n’ont pas encore fait connaissance avec la poutine, ils ont en revanche goûté au pâté chinois, qui leur a laissé un bon souvenir. De leur côté, ils ont préparé du foufou à leurs visiteurs, une sorte de purée très appréciée en Afrique de l’Ouest. Danielle insiste sur l’ouverture d’esprit, clé de la réussite du jumelage interculturel. C’est son cas. « J’apprécie notamment les vêtements africains, très colorés ! »

Au rayon des anecdotes, il leur revient en mémoire un épisode amusant, avec le pèse-personne. « Quand ils l’ont vu dans la cuisine, ils étaient intrigués. Ils pensaient que c’était un item de la cuisine mais pas un objet pour peser les gens. Pierre leur a alors montré comment ça fonctionnait. Ils ne comprenaient pas pourquoi on avait besoin de se peser », raconte Danielle.
Engagés dans le jumelage pour 6 mois, comme le stipule le contrat signé avec SERY, Pierre et Danielle ne ferme pas la porte à une nouvelle expérience de ce type. Chose certaine : ils n’hésiteront pas à en parler autour d’eux, avec, qui sait?, de nouvelles recrues à nous proposer. Car nous aussi, on ne ferme pas la porte…
Nous sommes toujours à la recherche de personnes pour échanger avec des nouveaux arrivants et faciliter leur intégration dans la société québécoise. Si cette mission vous parle, contactez ce numéro (450-777-7213, poste 238) ou écrivez à cette adresse : benevolat@sery-granby.org